mardi 24 février 2009

Séisme à l’AMP

(Kimp.)

C’est un véritable séisme qui s’annonce à l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) dont les têtes couronnées se sont réunis pour le week-end à Kinshasa. A cette occasion, les « faucons » de cette famille politique ont réussi à faire passer le message selon lequel un bras de fer existerait entre le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, et le président de l’Assemblée Nationale, Vital Kamerhe. En dépit de sa longue absence du pays, d’où il est sorti le mardi 03 février 2009 pour participer à une réunion de prières aux Etats-Unis d’Amérique et où il n’est revenu que le dimanche 21 février à la mi-journée, en provenance d’Afrique du Sud, l’ancien Secrétaire général du PPRD continue d’être peint comme porteur d’un défi contre le chef spirituel de l’AMP. Les partisans d’une fracture irréductible entre le Président de la République et le numéro un de la Chambre basse du Parlement s’accrochent à la sortie médiatique de celui-ci sur les antennes de Radio Okapi, où il s’était plaint sans détours de la sous-information institutionnelle entretenue autour de l’entrée du corps expéditionnaire rwandais au Nord-Kivu, pour jeter de l’huile sur le feu. Ils font notamment croire que Vital Kamerhe serait derrière la pétition exigeant la convocation urgente d’une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale, dans l’intention de nuire à l’image du Chef de l’Etat. L’officine de l’intoxication fonctionne à plein régime, mettant sur le compte du député de Walungu des initiatives et propos de nature à énerver Joseph Kabila. En tout cas, au stade actuel de leur campagne de diabolisation, les « faucons » sont tout près de faire passer la version selon laquelle Vital Kamerhe aurait juré d’arracher le pouvoir aux Katangais.

Faire tomber le Bureau de l’Assemblée Nationale S’étant sans doute rendu compte qu’il était difficile d’obtenir la tête de Kamerhe seul, les « faucons » de l’AMP ont décidé de recourir aux armes de destruction massive. D’où la stratégie adoptée hier et qui consiste à faire tomber l’ensemble du Bureau de l’Assemblée Nationale. Ses architectes ont sérieusement réfléchi à la difficulté de balancer sans ménagement le président de l’Assemblée Nationale, au regard de la difficulté de ne pas paraître comme obéissant aux ordres de Kigali qui aurait ainsi, après avoir réussi à remettre militairement les pieds en RDC de manière officielle en dépit de l’opposition de l’opinion publique congolaise, abattu une deuxième carte en fomentant une crise politique. Comme résultat de leurs cogitations, ils ont décidé de sacrifier l’ensemble du bureau de l’Assemblée nationale dans l’espoir de gagner l’adhésion non seulement des députés membres du trio de tête de l’AMP, à savoir le PPRD, le Palu et l’UDEMO, mais aussi ceux de tous les partis satellites. La perspective du renouvellement de l’instance dirigeante de la Chambre basse du Parlement, pense-t-on, ferait susciter de nouvelles ambitions aussi bien chez tous ceux qui ambitionnent d’occuper le perchoir que ceux qui aspirent à siéger comme 1er vice-président, 2me vice-président, rapporteur, rapporteur adjoint, questeur ou questeur adjoint. Même si le nombre des postes à pourvoir est fort limité, il n’empêche de rêver. Même si l’élection des successeurs de Kamerhe, Lutundula, Mvuama, Katende, Bahati et autres risquent de provoquer plus de mécontentements que de satisfactions au sein de la famille politique du Chef de l’Etat, l’idée aura, espère-t-on le don de séduire les « résistants » à qui des promesses mirobolantes seront faites à titre individuel. Quid de l’après-Kamerhe ? Il est évident que les « faucons » ne se posent pas trop de questions quant aux conséquences de la chute de Kamerhe et de ses collaborateurs du Bureau de l’Assemblée Nationale, pourtant tous membres de l’Alliance de la Majorité Présidentielle. Ils ne cherchent pas à savoir ce que serait la configuration future d’un organe aussi sensible au cas où, désorientés par le comportement aveugle de l’alliance, de nombreux députés se mettraient à émettre uhn vote contrariant pour la famille présidentielle. A l’analyse, il ne faut pas être clerc pour comprendre que ceux qui donnent l’impression d’aider Kabila à se débarrasser de Kamerhe à moindres frais travaillent en réalité contre ses intérêts. Et ils le savent. Ils le savent si bien qu’ils s’interdisent de lui avouer qu’il ne serait gagnant ni dans le départ en solo de Kamerhe, ni dans le nettoyage de l’ensemble du Bureau de l’Assemblée Nationale. Aussi, les observateurs avertis sont tentés de croire que les « faucons », qui ont beaucoup de choses à cacher au Chef de l’Etat, jouent en réalité la carte de leur propre survie politique ou, mieux, de la conservation des dividendes financiers liés à l’exercice de leurs charges publiques, dans un environnement où il est clairement établi que beaucoup d’entre eux se retrouvent avec des mains sales, très sales, dans des histoires des pots de vin et de contrats criminels. La peur d’être démasqués, dans un avenir proche, à travers des enquêtes parlementaires annoncés, les pousse à organiser une chasse aux sorcières, qui n’est en fait qu’une fuite en avant.

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