lundi 23 février 2009

Fin de la guerre ou occupation du Kivu par le Rwanda ?

Par Freddy mulumba kabuayi

Il est des choses qui intriguent et sur lesquelles l’on ne peut se taire. Il en est ainsi de la fin de la guerre dans le Kivu. Une fin qui s’est faite dans des conditions à peine imaginables. Dans tous les cas, il n’y a pas de quoi pavoiser. Décryptage d’une fin de guerre qui n’a pas encore livré ses secrets.

Alors que les négociations entre le gouvernement congolais et les rebelles du CNDP de Laurent NKunda devraient avoir lieu le 25 janvier à Nairobi, au Kenya, sous la facilitation de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, dans un flou artistique, on annonce la fin de la guerre entre la rébellion du CNDP soutenue par le Rwanda et le gouvernement congolais. Un accord est signé entre Kinshasa et Kigali pour neutraliser les FLDR, les troupes de la rébellion sont réintégrées dans l’armée nationale et enfin, pour boucler la boucle, les troupes rwandaises entrent sur le territoire congolais.

Certains observateurs s’interrogent sur la rapidité avec laquelle cette guerre qui a fait tant de morts, se termine. On se croirait dans un film de Rambo. Nulle part, on n’a vu un traité de paix entre la RDC et le Rwanda pour mettre fin à la guerre. Tout s’est passé entre deux belligérants sans envoyé spécial de l’Union européenne ou émissaire de l’ONU. Trop beau pour être vrai, estiment bon nombre d’observateurs de la politique congolaise. Alors une question de taille brûle les lèvres de tous les Congolais : que se cache-t-il derrière cette chronique d’une fin de guerre non annoncée?

L’écrivain britannique, John le Carré, dans son roman intitulé Le chant de la mission, publié en 2006, résume bien l’enjeu de cette fin de guerre dans les deux Kivu sans tambour ni trompette : « Alors, le plan des Américains, c’est de consolider la présence économique et commerciale du Rwanda au Congo oriental jusqu’à la rendre incontournable. Ce qu’ils veulent, concrètement, c’est une annexion en douceur, et ils comptent sur un coup de main de la Cia. ».

Pour comprendre aujourd’hui ce qui se passe entre le Rwanda et la RDC, un rappel historique s’impose. Après la guerre d’agression (sous prétexte ethnique) menée en 1996 par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi soutenus par les multinationales anglo-saxonnes, un nouveau pouvoir (Alliance de Forces démocratiques de Libération du Congo) est installé à Kinshasa, le 17 mai 1997, après la chute du régime président Mobutu. Le nouveau chef d’Etat s’appelle Laurent-Désiré Kabila tandis que le chef d’Etat-major de l’armée congolaise porte le nom de James Kabarebe, actuel chef d’Etat-major de l’armée rwandaise. Les Forces armées zaïroises du régime Mobutu étant vaincues, la nouvelle armée congolaise est composée de militaires rwandais, ougandais, éthiopiens et autres.

Cette première guerre d’agression a permis à l’armée ougandaise d’occuper la province Orientale et à celle du Rwanda de s’installer dans le Kivu. Avec les multinationales anglo-saxonnes, les régimes de Kigali et Kampala font main basse sur les richesses minières de l’Est de la RDC. Les militaires, les hommes politiques et d’autres civils rwandais, ougandais et congolais se ruent sur les mines comme de fourmis. Un pillage systématique s’installe. Les rapports de l’Onu sur les pillages de ressources minières de la RDC publiés en 2004 et 2008 attestent bien que des sociétés étrangères et africaines sont passées maîtres dans ces opérations. La partie Est du pays échappant au pouvoir central de Kinshasa, Rwandais et Ougandais sont devenus les nouveaux maîtres de ce vaste territoire, deux fois plus grand que la France.

Après l’AFDL, le RCD, le MLC …

La deuxième guerre d’agression est déclenchée le 2 août 1998 par les soldats rwandais qui avaient aidé l’AFDL dans la conquête du pouvoir suprême à Kinshasa. En effet, le président Laurent-Désiré Kabila prend la décision de chasser les militaires rwandais de la RDC. Le général James Kabarehe, présenté par le président Laurent-Désiré Kabila comme Congolais, organise un commando à partir de Goma pour aller attaquer la RDC à partir de Kitona dans la province du Bas-Congo.

Cette deuxième tentative d’agression se solde par un échec à cause de l’entrée des troupes angolaises, namibiennes et zimbabwéennes dans la guerre d’une part, et d’autre part, grâce à la résistance des populations de Kinshasa qui ne pouvaient pas accepter de nouveau la domination rwandaise. C’est dans ces conditions que le mouvement politico-militaire dénommé Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenu par Kigali est né dans le Kivu.

La même année, l’Ouganda qui redoutait l’influence du Rwanda dans l’Est de la RDC, soutient la création des mouvements politico-militaires. C’est le cas du Mouvement de libération du Congo qui contrôlait la province Orientale et l’Equateur. Et sur onze provinces, le pouvoir central à Kinshasa ne contrôlait que cinq provinces.

L’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001 va précipiter les choses. Sous le régime de son fils Joseph Kabila, un forum « dialogue intercongolais » est organisé en Afrique du Sud sous la médiation du président Mbeki d’Afrique du Sud. De ce forum, il se dégage un accord global et inclusif qui met fin à la deuxième guerre d’agression. Un gouvernement de transition est mis en place pour aboutir à l’organisation des élections présidentielle et législatives. Dans le gouvernement de transition, le RCDa en charge le portefeuille de la défense nationale. Ce qui lui donne un contrôle sur toutes les opérations militaires dans l’Est du pays.

Lors de tentatives de réunification de l’armée nationale congolaise par les opérations de brassage, tous les autres mouvements armés ont remis leurs troupes et armes à l’armée nationale. Le RCD, quant à lui, a gardé sa puissance de feu dans l’Est du pays et dans les opérations de réunification de l’armée nationale, les armes et munitions n’ont pas été remises à l’armée nationale. Le brassage des militaires du RCD a laissé les militaires de l’ex-mouvement rebelle dans les deux Kivu, territoire proche du Rwanda. Ils ont gardé leur position initiale depuis l’agression contre le régime de Mobutu en 1997.

Par ailleurs, Nkunda et d’autres militaires du RCD ont refusé d’intégrer la nouvelle armée nationale en 2004.

Le Cndp sur les traces du RCD

Après avoir constaté que les cadres du RCD se sont embourgeoisés et ont abandonné le vrai combat consistant à préparer la gestion du Kivu par le Rwanda, Paul Kagame crée le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). L’aventure commence avec l’attaque de la ville de Bukavu. Jules Mutebusi et Laurent Nkunda, anciens officiers du RCD, inaugurent le 2 juin 2004 la troisième agression contre la RDC. Toujours au nom de la défense de minorités tutsi, ces officiers formés au Rwanda attaquent la ville de Bukavu semant la terreur parmi la population civile et les militaires.

A la tête de 4000 à 5000 militaires lourdement armés et soutenus par le Rwanda, le CNDP va se retrancher dans le Nord-Kivu en occupant deux territoires : le Rutshuru et le Masisi. Ce nouveau mouvement militaire fera du renvoi au Rwanda des FDLR et des Interahamwe l’une de ses revendications ( l’autre revendication étant la reconnaissance, par l’Etat congolais, du territoire de Minembwe pour les Tutsi).

Après plusieurs tentatives de chasser le CNDP de la province du Kivu, tentatives qui échouent à cause de complicités des anciens officiers du RCD intégrés dans les forces armées congolais (FARDC) qui donnaient des informations au Cndp, le gouvernement congolais va accepter de négocier avec Nkunda à Nairobi sous la médiation de président Obasanjo.

Coup de théâtre, le président Kabila déclare la fin de la guerre à la suite du passage de James Kabarehe, chef d’Etat-major de l’armée rwandaise à Kinshasa. Comme du temps du RCD, le CNDP accepte la réintégration de ses éléments dans les forces armées de la République démocratique du Congo, certains de ses membres sont désignés ministres dans le gouvernement provincial du Nord-Kivu et au Parlement, les députés nationaux se préparent à voter une loi d’amnistie. Bref, malgré plus de quatre millions de Congolais morts, les criminels du Cndp sont récompensés comme ce fut le cas des miliciens du RDC.

Kivu occupé

Samedi le 21 février 2009, Kigali annonce le retrait de ses troupes dans la province du Kivu alors que le parlement rwandais avait demandé à Paul Kagame de prolonger l’opération de 2 mois. Dans cette opération, c’est Paul Kagame qui sort gagnant. D’abord, il est parvenu, avec la complicité de Kinshasa, d’affaiblir les Hutu rwandais qui avaient des ambitions de reconquérir, à partir de la RDC, le pouvoir politique au Rwanda détenu par les Tutsi. Ensuite, en annonçant le retrait de ses troupes du territoires congolais, Paul Kagamé laisse derrière lui ses agents du CNDP et des soldats démobilisés rwandais qui sont réintégrés dans les forces armées congolaises. Comme du temps des troupes du RCD, les ex-troupes du Cndp vont jouer aux agents du Rwanda sur le sol congolais et surtout dans la province du Kivu. D’ailleurs depuis 1996, les troupes rwandaises n’ont jamais quitté le territoire congolais. Enfin, cette occupation va profiter aux élites politiques de Kinshasa, Kigali et les multinationales anglo-saxonnes. Pour légaliser ce pillage de resources minières congolaises, les gouvernements occidentaux conseillent la mise en place de la Cepgl (communauté économique des pays de grands Lacs) qui, à travers elle, les sociétés mixtes congolaises et rwandaises exploitent les matières premières.

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